Mathilde ROUANNET
AVOCATE

Couple non marié : vos droits sur la garde des enfants après la séparation

Vous formez un couple non marié et vous vous séparez… au-delà de la douleur de la rupture, une question s’impose rapidement concernant le droit de garde de vos enfants. Qui aura la garde ? Avez-vous les mêmes droits qu’un couple marié qui divorce ? Comment organiser la vie de votre enfant ? Devez-vous passer devant un juge ?

Si vous êtes le père, vous vous demandez peut-être si vous avez les mêmes droits que la mère. Si vous êtes la mère, vous vous interrogez sur ce que le père peut revendiquer. Et tous les deux, vous voulez comprendre comment protéger l’intérêt de votre enfant dans cette séparation.

Bonne nouvelle : ne pas être marié ne change rien à vos responsabilités et à vos droits de parents. Que vous ayez été en concubinage, pacsés, ou mariés, une fois la filiation établie, vous exercez la même autorité parentale sur votre enfant.

Dans cet article, je vous explique vos droits, les différentes modalités de garde possibles, la procédure à suivre, et comment organiser au mieux la vie de votre enfant après votre séparation.

Séparation couple non marié | Quels sont vos droits sur vos enfants ?

Le mariage ne change rien à l'autorité parentale


Point fondamental à comprendre : que vous soyez mariés, pacsés, ou en simple concubinage, vos droits et devoirs envers vos enfants sont exactement les mêmes.
L’autorité parentale ne dépend pas de votre statut conjugal, mais uniquement du lien de filiation avec l’enfant. 

La loi est très claire là-dessus. L’article 373-2 du code civil dispose que : « La séparation des parents est sans incidence sur les règles de dévolution de l’exercice de l’autorité parentale ». 

Vous remarquez ? Aucune mention du mariage. Ce qui compte, c’est d’être le parent légal de l’enfant, pas d’avoir été marié avec l’autre parent. Votre séparation ne modifie donc pas votre statut de parent ni vos responsabilités envers votre enfant. Vous restez tous les deux parents avec les mêmes droits et les mêmes devoirs.

La filiation : la condition essentielle

Pour exercer l’autorité parentale, encore faut-il que la filiation soit établie. C’est là que réside la seule différence entre un couple marié et un couple non marié.

La filiation maternelle est automatiquement établie dès la naissance si le nom de la mère figure sur l’acte de naissance. Que vous soyez mariée ou non, vous êtes reconnue comme la mère légale de votre enfant dès sa naissance.

Pour le père :
▸ Si le couple est marié : la filiation paternelle est automatique. La loi présume que le mari de la mère est le père de l’enfant (présomption de paternité).
▸ Si le couple n’est pas marié : le père doit reconnaître l’enfant pour établir légalement le lien de filiation. Sans cette reconnaissance, il n’a aucun droit sur l’enfant, et la mère exerce seule l’autorité parentale.

Cette reconnaissance peut se faire à trois moments :

👉 Avant la naissance : en mairie, avec un acte de reconnaissance anticipée. C’est souvent ce qui est recommandé, car cela permet au père d’être présent dès la naissance et d’être mentionné sur l’acte de naissance.

👉 À la naissance : à la maternité ou en mairie, dans les jours qui suivent la naissance lors de la déclaration de naissance.

👉 Après la naissance  : en mairie, à tout moment (ou éventuellement devant notaire). Il n'y a pas de délai limite, elle peut avoir lieu, quel que soit l’âge de l’enfant. 

Point important : si vous êtes le père et que vous n’avez jamais reconnu votre enfant, vous n’avez juridiquement aucun droit sur lui. Vous ne pouvez pas demander de droit de garde ni de visite. La mère peut élever l’enfant seule et prendre toutes les décisions sans vous consulter.

C’est pourquoi la reconnaissance de paternité est fondamentale pour les pères non mariés. Elle vous donne en réalité les mêmes droits qu’un père marié.

Une fois la filiation établie : égalité totale entre les parents


Dès que les deux parents ont établi leur filiation, ils exercent conjointement l’autorité parentale, qu’ils vivent ensemble ou qu’ils soient séparés. 

Cela signifie que, quelle que soit votre situation de couple :
▸ Vous prenez ensemble les décisions importantes concernant l’enfant (santé, scolarité, éducation).
▸ Vous avez tous les deux le droit de voir votre enfant régulièrement.
▸ Vous êtes tous les deux responsables de son éducation et de son entretien.
▸ Aucun des deux ne peut prendre de décision majeure sans l’autre.

Organiser la garde des enfants après la séparation d'un couple non marié : quelles sont les options ?

Les différentes modalités de garde possibles


Vous avez exactement les mêmes options qu’un couple marié qui divorce.

La garde alternée (résidence alternée chez chacun des deux parents)


L’enfant vit alternativement chez chacun de ses parents selon un rythme défini. C’est l’organisation la plus équilibrée quand les conditions le permettent.

Le rythme le plus courant est l’alternance par semaine : une semaine chez maman, une semaine chez papa. Mais d’autres rythmes existent selon l’âge de l’enfant et vos contraintes : deux jours chez l’un, cinq jours chez l’autre (pour les tout-petits), ou encore une quinzaine par quinzaine.

Les vacances scolaires sont généralement partagées par moitié.

Pour que la garde alternée fonctionne bien, certaines conditions doivent être réunies : 
▸ proximité géographique entre vos deux domiciles ; 
▸ disponibilité de chaque parent ; 
▸ logements adaptés pour accueillir votre enfant ;  
▸ et capacité à communiquer sur les décisions à prendre. 

💡 À lire aussi : Quelles conditions remplir pour obtenir une garde alternée ?  

La garde principale chez l'un des deux parents


L’enfant réside principalement chez l’un des parents (on parle de résidence habituelle). L’autre parent bénéficie d’un droit de visite et d’hébergement. Le rythme classique étant un week-end sur deux ainsi que la moitié des vacances scolaires. Mais d’autres organisations sont possibles selon vos disponibilités et l’âge de l’enfant.

Cette solution est souvent choisie quand la distance entre vos domiciles est importante, quand l’un des parents a des horaires de travail incompatibles avec une garde quotidienne, ou quand l’enfant est très jeune et a besoin de stabilité.

La garde exclusive

L’enfant vit exclusivement chez l’un de ses parents. L’autre parent peut avoir un simple droit de visite sans hébergement, voire un droit de visite médiatisé (en lieu adapté et en présence d’un tiers).

Cette situation est réservée aux cas où l’un des parents présente un danger pour l’enfant (violences, addiction non traitée, comportements à risque, etc.). Le juge ordonne cette organisation uniquement si l’intérêt de l’enfant l’exige.

Comment choisir la bonne organisation ?

Le critère de décision est toujours le même : l’intérêt de l’enfant. Pas votre confort personnel, pas votre volonté de « gagner » face à l’autre parent, mais bien ce qui est le mieux pour votre enfant.

Pour y voir clair, posez-vous ces questions :

👉 Distance géographique : habitez-vous suffisamment près l’un de l’autre pour que l’enfant conserve la même école, ses amis, ses activités ? Si vous habitez à 50 km l’un de l’autre, la garde alternée sera compliquée.

👉 Logement adapté : chacun dispose-t-il d’un espace pour accueillir l’enfant correctement ? Une chambre ou au minimum un coin dédié pour un très jeune enfant.

👉 Disponibilité : vos horaires de travail permettent-ils d’assumer la garde au quotidien ? Si vous travaillez de nuit ou si vous êtes régulièrement en déplacement, une garde quotidienne sera difficile.

👉 Communication : pouvez-vous discuter sereinement avec l’autre parent, prendre des décisions ensemble, vous transmettre des informations ? La garde alternée nécessite une coopération permanente. Si toute communication est impossible, ce sera compliqué.

👉 Âge de l’enfant : un bébé a besoin de stabilité et de routines très marquées. Un adolescent peut s’adapter plus facilement à l’alternance et peut même exprimer son avis.

Si vous vous entendez relativement bien malgré la séparation et que les conditions matérielles sont réunies, la garde alternée est souvent la solution la plus équilibrée pour l’enfant. Elle lui permet de maintenir un lien fort avec ses deux parents.

Si la communication est difficile, si la distance est importante, ou si l’enfant est très jeune, une garde principale avec droit de visite peut être plus adaptée.

Formaliser la garde : accord amiable ou juge aux affaires familiales ?

Vous savez maintenant quelles organisations sont possibles. Reste à les formaliser légalement.

L’accord amiable : la solution à privilégier

Si vous parvenez à vous mettre d’accord sur l’organisation de la garde de votre enfant, c’est la meilleure solution. Vous pouvez rédiger une convention parentale ensemble

Ce qu’elle doit contenir :

👉 l’exercice de l’autorité parentale ; 
👉 la résidence de l’enfant ;
👉 en cas de garde principale, le droit de visite et d’hébergement du parent qui n’a pas la garde ; 
👉 l’organisation durant les vacances scolaires ; 
👉 la pension alimentaire. 

Les avantages de l’accord amiable :
▸ l’accord amiable est plus rapide, puisque vous ne dépendez pas des délais du tribunal ; 
▸ peu coûteux, en évitant une procédure judiciaire longue et onéreuse ;
▸ souple, puisque vous gardez la main sur l’organisation et pouvez l’adapter à vos besoins ; 
▸ apaisé, en montrant à votre enfant que vous êtes capables de coopérer malgré la séparation.

Mais attention : pour que cet accord ait une valeur juridique et soit opposable, vous devez demander son homologation par le juge aux affaires familiales par le biais d’une requête conjointe (article 1143 du Code de procédure civile).

L’homologation par le juge aux affaires familiales

Sans homologation, votre accord n’a qu’une valeur morale. C’est un engagement entre vous, mais si l’un des parents ne le respecte pas, l’autre ne peut pas demander son exécution forcée.

Avec l’homologation, votre convention devient un jugement. Si l’un des parents ne la respecte pas (par exemple, refuse de ramener l’enfant aux dates prévues), l’autre peut saisir la justice et demander l’exécution forcée.

C’est le juge aux affaires familiales qui, après avoir vérifié que l’accord respecte l’intérêt de l’enfant, homologuera votre convention parentale. 

Saisir le juge aux affaires familiales en cas de désaccord

Si vous ne parvenez pas à vous mettre d’accord sur l’organisation de la garde, vous devez saisir le juge aux affaires familiales (JAF) afin qu’il puisse trancher et fixer les modalités de garde.

Chacun des parents peut saisir le JAF, étant entendu que vous n’avez pas besoin de l’accord de l’autre parent pour engager cette démarche.

La procédure :

1️⃣ Dépôt d’une requête au greffe du tribunal judiciaire du lieu de résidence de l’enfant : afin d'expliquer votre situation et ce que vous demandez (garde alternée, garde principale, pension alimentaire, etc.).

2️⃣ Audience : le juge convoque les deux parents (avec leurs avocats éventuels). Il vous entend, écoute vos arguments, examine vos dossiers. Il peut aussi entendre l’enfant si celui-ci en fait la demande ou si le juge l’estime nécessaire (généralement à partir de 10 ans).

3️⃣ Enquête sociale ou expertise : dans certains cas complexes, le juge peut ordonner une enquête sociale. Un travailleur social se rend au domicile de chaque parent, observe les conditions de vie, s’entretient avec l’enfant, et rédige un rapport. Ce rapport pèse lourd dans la décision.

4️⃣ Décision du juge : quelques semaines après l’audience, le juge rend son jugement. Il tranche le litige uniquement en fonction de l’intérêt de l’enfant. Il ne cherche pas à déterminer qui a raison ou tort dans votre séparation ni qui est le « meilleur » parent. Il évalue quelle organisation est la plus adaptée à votre enfant compte tenu de votre situation.

Il fixe dans son jugement :
▸ La résidence de l’enfant (alternée, principale chez l’un ou l’autre).
▸ Le droit de visite et d’hébergement.
▸ Le montant de la pension alimentaire.
▸ Les modalités de partage des frais exceptionnels.

➡️ Délai estimé : entre 4 et 9 mois en moyenne entre le dépôt de la requête et le jugement, selon l’encombrement du tribunal.

➡️ Coût estimé : à partir de 2000 euros en moyenne pour ce type de procédure. À cela s’ajoutent les frais de justice.

Les réponses à vos questions les plus fréquentes


Vous vous posez certainement des questions très concrètes. Voici les réponses aux interrogations les plus courantes.

Qui a la garde de l’enfant dans un couple non marié ?

Cette question revient souvent, et la réponse est simple, cela dépend de ce que vous décidez ensemble ou, à défaut, de ce que le juge décide.

Il n’y a aucune règle automatique qui attribuerait la garde à la mère plutôt qu’au père, ou l’inverse. Contrairement à une idée reçue, la loi ne favorise pas systématiquement la mère.

Les options sont les mêmes que pour un couple marié qui divorce :
▸ Garde alternée (l’enfant vit chez les deux parents à parts égales).
▸ Garde principale chez l’un avec droit de visite pour l’autre.
▸ Dans de rares cas, garde exclusive chez l’un des parents.

Ce qui détermine la garde, c’est uniquement l’intérêt de l’enfant : qui est le plus disponible ? Qui a le logement le mieux adapté ? Où l’enfant a-t-il ses repères (école, amis, activités) ? Les deux parents peuvent-ils coopérer pour une garde alternée ?

Le juge évalue tous ces éléments sans préjugé de genre. Un père non marié qui a reconnu son enfant a exactement les mêmes droits qu’une mère. Il peut obtenir la garde alternée ou même la garde principale si les circonstances le justifient.

Quels sont les droits d’un père non marié ?

Un père non marié qui a reconnu son enfant a exactement les mêmes droits qu’un père marié :
▸ autorité parentale conjointe ;
▸ droit de garde ;
▸ droit de visite et d’hébergement ;
▸ accès aux informations ;
▸ prise de décision conjointe avec la mère pour les décisions importantes. 

La seule condition, avoir reconnu l’enfant. Sans reconnaissance de paternité, le père n’a aucun droit légal sur l’enfant. Si vous êtes père non marié et que vous n’avez pas encore reconnu votre enfant, faites-le dès que possible. Cette démarche gratuite en mairie vous octroie tous vos droits de parent.

Qui a la garde en cas de séparation sans jugement ?

Si vous vous séparez et que vous ne saisissez pas le juge, aucune organisation n’est imposée légalement. Vous gérez la situation à l’amiable selon ce que vous décidez entre vous.

Concrètement, cela signifie que si vous vous entendez bien, vous pouvez organiser la garde comme vous le souhaitez. Tant que vous êtes d’accord tous les deux et que l’enfant va bien, il n’y a pas d’obligation de passer devant un juge.

Mais attention, sans jugement ou sans convention homologuée, vous n’avez aucune garantie. Si l’autre parent change d’avis du jour au lendemain et refuse de rendre l’enfant par exemple, ou s’il décide unilatéralement de modifier l’organisation, vous n’avez aucun moyen de faire respecter vos accords.

En cas de conflit, il peut être opportun de saisir le juge aux affaires familiales pour faire fixer les modalités de garde. En attendant la décision du juge, la situation peut être très difficile à vivre.

Mon conseil : même si vous vous entendez bien, faites homologuer votre accord par le juge aux affaires familiales. Cette démarche simple vous protège tous les deux et sécurise l’organisation pour votre enfant. Sans jugement ni convention homologuée, vous êtes dans une situation précaire qui peut basculer à tout moment.


En résumé : 

La séparation d’un couple non marié soulève les mêmes questions qu’un divorce en ce qui concerne le droit de garde des enfants. Vos droits et devoirs de parents sont identiques, que vous ayez été mariés ou non.

L’essentiel est que la filiation soit établie : reconnaissance du père si vous n’étiez pas mariés, automatique si vous l’étiez. Une fois cette condition remplie, vous exercez conjointement l’autorité parentale et vous avez tous les deux le droit de participer à la vie de votre enfant.

Pour organiser la garde, vous avez plusieurs options. Garde alternée, garde principale chez l’un avec droit de visite pour l’autre, ou dans de rares cas garde exclusive. Le choix dépend de votre situation concrète et de l’intérêt de votre enfant.

Privilégiez toujours l’accord amiable. Rédigez ensemble une convention parentale puis faites-la homologuer par le juge pour lui donner une valeur juridique. Si vous ne parvenez pas à vous entendre, le juge aux affaires familiales tranchera en fonction de l’intérêt de votre enfant.

Même si l’avocat n’est pas obligatoire, son accompagnement sécurise juridiquement votre organisation et vous évite des erreurs coûteuses. En cas de désaccord, il devient très fortement conseillé pour vous représenter devant le juge.

Quelle que soit votre situation, l’objectif reste le même, à savoir, permettre à votre enfant de grandir avec ses deux parents, malgré votre séparation.

Vous vous séparez et vous vous interrogez sur l’organisation de la garde de vos enfants ? Échangeons ensemble sur votre situation pour clarifier vos droits et trouver la meilleure solution pour votre famille.

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