Vous avez reçu une proposition de médiation familiale, ou une convocation, et vous vous demandez si vous êtes obligé d'y aller. Peut-être que la relation avec l'autre parent est trop tendue pour envisager une telle démarche. Peut-être que vous ne voyez tout simplement pas l'utilité. Et peut-être que vous avez peur des conséquences si vous refusez.
Ces interrogations sont tout à fait légitimes. Et depuis la réforme introduite par le décret du 18 juillet 2025, les règles ont évolué de façon significative.
Dans cet article, je vous explique clairement ce que dit la loi, la différence entre les types de médiation, et surtout : quelles sont les conséquences d’un refus de médiation familiale.
Avant d'aborder les conséquences d'un refus, il est important de comprendre ce qu'est réellement la médiation familiale, et surtout de distinguer deux types de médiation.
La médiation conventionnelle est celle que les parties choisissent librement, sans intervention du juge. Les deux parents décident ensemble de faire appel à un médiateur familial pour tenter de trouver un accord amiable. Elle peut intervenir à n'importe quel moment :
Le principe fondamental de cette forme de médiation est le consentement libre des deux parties. Personne ne peut être contraint d'y participer si aucune obligation légale ne s'applique.
💡 Bon à savoir ! Le médiateur n'est pas un juge : il ne tranche rien, il facilite le dialogue et aide chacun à exprimer ses besoins pour construire, ensemble, une solution acceptable.
La médiation judiciaire, elle, intervient dans le cadre d'une procédure en cours. Le juge peut proposer une médiation aux parties et, avec leur accord, désigner un médiateur. Il peut aussi leur enjoindre de rencontrer un médiateur ou un conciliateur, même sans leur accord préalable, pour qu'elles soient informées du fonctionnement et des avantages de la démarche (article 1533 du Code de procédure civile).
Cette seconde mesure est importante à bien comprendre. Elle n'oblige pas les parties à participer à une médiation dans l'immédiat, mais à se rendre dans un premier temps à une réunion d'information. Le juge peut également ordonner une conciliation ou une médiation subordonnée au recueil du consentement des parties par le conciliateur ou le médiateur. Ces dispositions existent pour pallier un manque d’information sur ce qu’est exactement la médiation. Quoi qu’il en soit, le consentement des parties est requis.
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Le décret n°2025-660 du 18 juillet 2025, entré en vigueur le 1er septembre 2025, a profondément reconfiguré la place de la médiation dans la procédure civile française. Il s'applique aux instances en cours depuis cette date.
Le juge n'est plus seulement là pour trancher. Depuis la réforme, il a explicitement pour mission d'orienter les parties vers la solution la plus adaptée à leur situation, qu'elle soit judiciaire ou amiable. L'article 21 du Code de procédure civile précise désormais : "Il entre dans la mission du juge de concilier les parties et de déterminer avec elles le mode de résolution du litige le plus adapté." Ce changement de posture est loin d'être anodin. Il traduit une volonté claire de faire de la résolution amiable un réflexe, et non plus une option de dernier recours.
Jusqu'à présent, l'injonction de rencontrer un médiateur était surtout utilisée dans les litiges familiaux. Le décret du 18 juillet 2025 l'a généralisée à l'ensemble du contentieux civil. Quel que soit le type d'affaire, à n'importe quel stade de la procédure, le juge peut désormais demander aux parties de se rendre à une réunion d'information sur la médiation. Il s’agit donc d’une obligation formelle dès lors que le juge la prononce.
C'est sans doute la nouveauté la plus concrète pour les justiciables. Si vous ignorez cette convocation sans pouvoir justifier d'un motif valable, l'article 1533-3 du Code de procédure civile prévoit que vous pouvez être condamné à une amende civile pouvant atteindre 10 000 euros. Par ailleurs, le médiateur est tenu de signaler au juge si l'une des parties était absente. Cette information sort du cadre de la confidentialité, ce qui donne à la mesure une portée réelle : le juge sait qui s'est présenté et qui ne l'a pas fait.
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Les conséquences varient selon le contexte dans lequel vous refusez la médiation familiale.
Pendant plusieurs années, une expérimentation avait rendu obligatoire, dans plusieurs juridictions françaises, une tentative de médiation avant de pouvoir saisir le juge pour modifier une décision existante sur la garde ou la pension alimentaire. Cette expérimentation, connue sous le nom de TMFPO, a pris fin le 1er janvier 2025, ses crédits budgétaires ayant été supprimés.
Depuis le 1er septembre 2025, si un juge vous a ordonné de participer à une réunion d'information sur la médiation et que vous ne vous y rendez pas sans motif légitime, les conséquences peuvent être sérieuses. Comme vu précédemment, vous risquez une amende civile jusqu'à 10 000 euros au titre de l'article 1533-3 du Code de procédure civile.
Dans ce cas, vous n'êtes pas obligé d'y participer, et votre refus n'entraîne pas de sanction directe. Mais attention : ce refus ne reste pas sans effet. Le juge en a connaissance et peut l'interpréter comme un signe d'intransigeance ou de mauvaise volonté. Dans des affaires touchant à l'intérêt de l'enfant, montrer que vous refusez tout dialogue peut peser défavorablement dans l'appréciation du magistrat. Sans médiation, c'est aussi le juge qui décide seul de l'organisation de la vie de vos enfants, sans que vous ayez la moindre prise sur le résultat.
Au-delà des sanctions, refuser la médiation a des effets très concrets sur votre quotidien :
Oui, absolument. La loi prévoit des situations dans lesquelles vous êtes dispensé de médiation.
Si des violences ont été commises par l'un des parents sur l'autre ou sur l'enfant, la médiation ne peut pas être imposée. Ce motif peut être invoqué lorsque vous disposez :
S’il est important entre les parties et qu’il rend la médiation matériellement impossible, comme une distance supérieure à 50 kilomètres sans possibilité de médiation à distance, ou encore une incapacité physique attestée médicalement.
Lorsqu'une décision judiciaire rapide est nécessaire pour protéger l'enfant ou l'une des parties.
Un délai de trente jours suivant la demande initiale est considéré comme un délai raisonnable. Dans tous ces cas, il est fortement conseillé de formaliser ce motif par écrit et de l'étayer avec des justificatifs. Un avocat peut vous accompagner pour le présenter correctement au juge.
Lorsque votre situation ne correspond à aucun des cas de dispense prévus par les textes, mais que votre situation justifie de ne pas passer par la médiation, le juge aux affaires familiales peut malgré tout vous en dispenser pour un “motif légitime” si votre situation le justifie.
Il est utile de lever une confusion fréquente sur ce sujet. Même quand la médiation est ordonnée, vous n'êtes jamais contraint de conclure un accord. La médiation repose sur le consentement libre des parties.
Depuis septembre 2025, le médiateur a l'obligation de signaler l'absence d'un parent au juge. Si ce parent ne peut pas justifier d'un motif valable, il s'expose à une amende civile pouvant atteindre 10 000 euros.
Si la tentative de médiation n'a pas abouti, que ce soit parce qu'aucun accord n'a pu être trouvé ou parce que l'autre partie ne s'est pas présentée, vous recevrez une attestation du médiateur. Ce document vous permet de saisir le juge aux affaires familiales. L'échec de la médiation n'a aucune conséquence sur le fond de votre dossier : la procédure judiciaire peut se poursuivre normalement, et le juge tranchera en fonction de l'intérêt de l'enfant et des éléments que vous lui soumettez.
Non. Si le père de votre fille vous propose une médiation de sa propre initiative, sans que le juge l'ait ordonné, vous n'avez aucune obligation de l'accepter et ce refus n'est pas sanctionné. Si vous êtes dans une situation impliquant des violences ou une emprise de la part du père, vous pourriez aussi disposer d'une dispense légale. Dans tous les cas, consulter un avocat en droit de la famille vous permettra de faire le point sur vos droits et sur ce qui s'applique précisément à votre situation.
En résumé :
👉 Refuser une médiation familiale n'est jamais sans conséquence. Lorsque le juge vous enjoint de vous rendre à une réunion d'information sur la médiation et que vous ne vous y présentez pas sans motif valable, vous vous exposez depuis le 1er septembre 2025 à une amende civile pouvant atteindre 10 000 euros.
👉 Si la médiation est simplement proposée, il n'y a pas de sanction directe, mais votre refus peut peser sur l'appréciation du juge et vous prive de toute maîtrise sur la décision finale.
👉 Dans certaines situations, la loi vous protège et vous dispense de cette démarche, notamment en cas de violences.
👉 Et dans tous les cas, participer à une médiation ne vous oblige jamais à conclure un accord.
Vous vous trouvez dans une situation où la médiation familiale est envisagée ou imposée, et vous ne savez pas comment vous positionner ? Échangeons ensemble pour clarifier vos droits et vous aider à prendre la meilleure décision pour vous et vos enfants.