Mathilde ROUANNET
AVOCATE

Informer l’autre parent : vos droits et obligations après une séparation

Vous êtes séparé ou divorcé, et vous vous occupez de votre enfant au quotidien. Entre l’école, les rendez-vous médicaux, les activités, les décisions à prendre… vous gérez. Mais une question revient souvent : qu’est-ce que je dois communiquer à l’autre parent ? Dois-je vraiment le tenir au courant de tout ? Puis-je prendre certaines décisions seul ?

Ces interrogations sont légitimes. La séparation a réorganisé votre vie familiale, mais elle n’a pas supprimé l’autorité parentale conjointe. Même si vous ne vivez plus ensemble, même si les relations sont tendues, vous restez tous les deux parents avec des responsabilités partagées. Et parmi ces responsabilités figure une obligation légale, celle d’informer l’autre parent des décisions importantes concernant votre enfant.

Dans cet article, je vous explique précisément ce que dit la loi, quels domaines sont concernés, comment remplir cette obligation, et quelles conséquences vous risquez en cas de manquement.

L’autorité parentale conjointe : le principe de base

Avant de détailler les situations concrètes, il est essentiel de comprendre le cadre juridique qui fonde cette obligation d’informer l’autre parent.

Ce que dit la loi

L’article 372 du Code civil est clair : « Les père et mère exercent en commun l’autorité parentale». L’article 373-2 du du même code précise que « la séparation des parents est sans incidence sur les règles de dévolution de l’exercice de l’autorité parentale ». Cette règle s’applique que vous soyez mariés, pacsés, en couple, séparés, ou divorcés. Le statut de votre relation conjugale n’a aucune incidence sur l’exercice de l’autorité parentale.

Autrement dit, la séparation ou le divorce ne supprime pas votre lien parental ni vos responsabilités envers votre enfant. Vous restez tous les deux parents à part entière, avec les mêmes droits et les mêmes devoirs.

Concrètement, même si vous ne vivez plus ensemble, vous devez continuer à prendre ensemble les décisions importantes concernant l’éducation, la santé, et la vie de votre enfant.

Chaque parent a également le devoir de maintenir des relations personnelles avec l’enfant et de respecter les liens de l’enfant avec l’autre parent. Cette dimension du respect mutuel est fondamentale, vous ne pouvez pas empêcher l’autre parent d’exercer son rôle ni le priver d’information sur la vie de votre enfant.

​​Les exceptions

Il existe toutefois quelques situations où l’exercice conjoint de l’autorité parentale ne s’applique pas :

  • Retrait de l’autorité parentale : dans des cas très graves (violences, maltraitance, mise en danger de l’enfant), le juge peut retirer totalement l’autorité parentale à l’un des parents. Cette décision judiciaire est rare et intervient uniquement quand l’intérêt de l’enfant l’exige absolument.
  • Autorité parentale exclusive : le juge peut décider, dans des situations exceptionnelles, d’attribuer l’exercice exclusif de l’autorité parentale à un seul parent. Cela signifie que ce parent peut prendre seul toutes les décisions, sans autorisation préalable de l’autre.
  • Décisions urgentes : en cas d’urgence (accident, problème de santé grave nécessitant une intervention immédiate), vous pouvez et devez agir sans attendre l’accord de l’autre parent. Mais vous devez le prévenir dès que possible.

En dehors de ces exceptions, l’obligation d’informer l’autre parent est la règle, et elle concerne de nombreux domaines de la vie de votre enfant.

Les domaines où l’information est obligatoire

Voyons maintenant, concrètement, dans quelles situations vous êtes tenu d’informer l’autre parent et, parfois, d’obtenir son accord.

La santé de l’enfant

La santé est l’un des domaines où la responsabilité parentale conjointe est la plus impérative. Les décisions médicales importantes nécessitent l’accord des deux parents. Qu’il s’agisse d’une opération chirurgicale, d’un traitement médical lourd ou prolongé, d’une hospitalisation, d’une vaccination ou encore d’un suivi psychologique ou psychiatrique au long cours, vous devez obligatoirement informer l’autre parent. 

L’autre parent a le droit également d’accéder au carnet de santé de l’enfant, de se renseigner sur son état de santé auprès du médecin traitant, et de recevoir les comptes-rendus d’hospitalisation. 

La scolarité

L’école est un autre domaine central où l’obligation d’informer s’applique pleinement. Choix de l’établissement scolaire, changement d’établissement, choix entre public et privé, résultats scolaires, etc. Les établissements scolaires ont eux-mêmes l’obligation de communiquer directement avec les deux parents (envoi des bulletins aux deux adresses, invitation aux réunions, accès à l’espace numérique de travail, etc.). Si ce n’est pas le cas, l’autre parent peut le demander par écrit à la direction de l’établissement.

L’éducation religieuse

La transmission des valeurs religieuses fait partie de l’éducation de l’enfant et relève donc de l’autorité parentale conjointe. La règle est simple, dès qu’il s’agit d’engager l’enfant dans une pratique religieuse, les deux parents doivent être d’accord.

Les activités extra-scolaires

Les activités de loisirs occupent une place importante dans la vie de l’enfant. Juridiquement, ces décisions peuvent être considérées comme des actes usuels si elles restent dans le cadre d’une vie normale d’enfant. Mais par respect de la coparentalité et pour éviter les conflits, mieux vaut faire savoir à l’autre parent votre intention d’inscrire l’enfant à une activité régulière.

Les vacances et déplacements

Vous pouvez organiser vos vacances et déplacements comme bon vous semble, y compris partir à l’étranger si aucun jugement ne vous l’interdit. Toutefois, il est toujours utile de prévenir l’autre parent de l’endroit où vous vous trouvez avec votre enfant. S’il vous arrivait quelque chose, il saurait dès lors immédiatement où venir chercher votre enfant. 

Enfin, si vous déménagez, vous devez avertir l’autre parent de votre nouvelle adresse. C’est une obligation légale. Si le déménagement est éloigné (changement de région, par exemple) et qu’il modifie l’organisation de la garde ou des droits de visite, vous devez obtenir l’accord de l’autre parent ou l’autorisation du juge. Vous ne pouvez pas imposer un déménagement qui empêcherait l’autre parent d’exercer son droit de visite dans des conditions normales.

Le juge peut s’opposer au déménagement si celui-ci nuit à l’exercice de l’autorité parentale par l’autre parent et à l’intérêt de l’enfant.

Les décisions du quotidien : pas besoin d’accord

Heureusement, vous n’avez pas besoin de l’accord de l’autre parent pour tout. La loi fait une distinction importante entre les décisions importantes et les actes usuels de l’autorité parentale.

Les actes usuels : présomption d’accord

L’article 372-2 du Code civil prévoit une présomption : « À l’égard des tiers de bonne foi, chacun des parents est réputé agir avec l’accord de l’autre, quand il fait seul un acte usuel de l’autorité parentale relativement à la personne de l’enfant. »

Autrement dit, pour les actes courants de la vie quotidienne, vous êtes présumé agir avec l’accord implicite de l’autre parent. Vous n’avez pas besoin de demander son autorisation ni même de l’informer systématiquement.

Exemples d’actes usuels :

  • Organisation du quotidien pendant vos périodes de garde : vous gérez le quotidien comme vous l’entendez, dans le respect des besoins de l’enfant.
  • Sorties et loisirs : aller au cinéma, au parc d’attractions, en sortie scolaire, en vacances, y compris à l’étranger. 
  • Inscription à une activité ponctuelle : stage de vacances, atelier du mercredi après-midi. Ces activités temporaires ne nécessitent pas d’accord préalable.
  • Consultation médicale de routine : visite chez le médecin pour un rhume, une angine, une petite blessure. Vaccination de rappel courante si elle fait partie du calendrier vaccinal habituel, séances ponctuelles avec un psychologue, etc. 
  • Démarches administratives : demande de CNI ou passeport, sortie du territoire si le jugement ne l’interdit pas. 
  • Droit à l’image : transmission de photos de l’enfant au cercle familial proche. 

Pour toutes ces décisions, la loi vous fait confiance et considère que vous agissez dans l’intérêt de votre enfant. L’autre parent ne peut pas vous reprocher de ne pas l’avoir prévenu pour chaque petit acte du quotidien.

La limite : l’acte inhabituel

Dès qu’une décision sort de l’ordinaire ou engage l’avenir de l’enfant, elle ne peut plus être considérée comme un acte usuel.

Exemples de décisions qui ne sont pas des actes usuels :

  • Piercing, tatouage : c’est une modification corporelle qui nécessite l’accord des deux parents.
  • Décision médicale non urgente, mais importante : commencer un traitement au long cours, consulter un spécialiste pour un problème de santé significatif.
  • Modification du rythme de vie : inscrire l’enfant à une activité très prenante qui l’occupe tous les soirs de la semaine et limite sa disponibilité pendant les périodes de garde de l’autre parent.

En cas de doute, la question à se poser est : cette décision engage-t-elle significativement l’avenir, la santé, ou l’équilibre de vie de mon enfant ? Si oui, mieux vaut prévenir l’autre parent.

Comment remplir votre obligation d’information ?

Maintenant que vous savez ce que vous devez communiquer, voyons comment le faire de manière efficace et respectueuse.

Les moyens de communication adéquats

➡️ Par écrit (fortement recommandé) :

  • Email : c’est le moyen privilégié. Il permet de formuler clairement l’information, de garder une trace des échanges, et de prouver que vous avez bien informé l’autre parent. Vous pouvez exprimer vos demandes précisément et y joindre des documents (devis médical, bulletin scolaire, etc.).
  • SMS : acceptable pour les informations rapides et les urgences. Mais pour les décisions importantes nécessitant un accord, préférez l’email qui offre plus d’espace pour exposer la situation.
  • Courrier postal : en cas de conflit important, le courrier recommandé avec accusé de réception offre une preuve irréfutable que vous avez transmis une information à l’autre parent à une date précise.
  • Application de coparentalité : des outils comme 2houses, Kiido, 2ForKids, ou OurFamilyWizard sont spécialement conçus pour faciliter la communication entre parents séparés. Ils permettent de partager le calendrier de garde, les dépenses, les documents, et de communiquer de manière tracée et apaisée.

➡️ Par téléphone : pour les situations urgentes, le téléphone reste utile pour annoncer rapidement un événement. Mais il est moins recommandé pour les décisions importantes car il ne laisse pas de trace écrite. Si vous échangez par téléphone sur un sujet sensible, confirmez ensuite par écrit ce qui a été dit.

➡️ Via un carnet de liaison : certains parents utilisent un cahier qui circule avec l’enfant pour y indiquer les informations importantes. C’est pratique, mais attention à ne pas mettre l’enfant en position d’intermédiaire ou de messager. L’enfant ne doit pas avoir à relater lui-même des informations ou à transmettre des messages entre ses parents.

Que faire en cas de désaccord ?

Si l’autre parent refuse de donner son accord ou ne répond pas, plusieurs solutions existent :

1️⃣ Relancez par écrit en exprimant l’impératif de la décision et les conséquences d’un retard ou d’un refus. Restez factuel et courtois.

2️⃣ En cas de désaccord profond, un médiateur neutre peut vous aider à communiquer et à trouver un terrain d’entente. C’est souvent plus rapide et moins conflictuel que le recours au juge.

3️⃣ Saisissez le juge aux affaires familiales : si le blocage persiste, le juge tranchera en fonction de l’intérêt de l’enfant. Il peut imposer la décision si elle est justifiée, ou la refuser si elle ne l’est pas.

Les conséquences en cas de non-respect de l’obligation d’informer l’autre parent

Ne pas informer l’autre parent ou prendre des décisions importantes sans son accord n’est pas sans conséquence. La loi prévoit des sanctions, et elles peuvent être lourdes.

Sur le plan civil

L’autre parent peut saisir le juge aux affaires familiales. Ce dernier peut alors :

  • trancher le désaccord ; 
  • modifier les modalités d’exercice du droit de visite et d’hébergement ; 
  • dans les cas graves et répétés, attribuer l’exercice exclusif de l’autorité parentale à l’autre parent. 

Si le juge observe une réelle volonté de l’un des parents de faire obstacle à l’exercice de l’autorité parentale pour l’autre parent, il peut également le condamner au paiement d’une amende civile.

Sur le plan pénal

Dans certains cas graves, le non-respect de l’obligation d’informer peut constituer une infraction pénale. 

Ne pas notifier son changement de domicile (article 227-6 du Code pénal)

Si vos enfants résident habituellement chez vous et que vous omettez de notifier votre changement d’adresse à l’autre parent bénéficiaire d’un droit de visite et d’hébergement, dans un délai d’un mois après votre déménagement, vous encourez une peine de six mois d’emprisonnement et de 7500 euros d’amende. 

Entraver l’exercice de l’autorité parentale par l’autre parent (article 227-7 du Code pénal)

Si vous prenez des décisions majeures dans le but de priver l’autre parent de son autorité parentale, si vous interdisez systématiquement à l’autre parent d’accéder aux informations qui le concernent… Ces comportements répétés peuvent constituer une entrave à l’exercice de l’autorité parentale. Vous encourez une peine d’un an d’emprisonnement et 15 000 euros d’amende.

Sur le plan relationnel

Au-delà des sanctions légales, ne pas tenir l’autre parent au courant détériore profondément la coparentalité et nuit à l’enfant. Chaque manquement nourrit la méfiance et érode la confiance mutuelle, rendant de plus en plus difficile la prise de décisions communes à l’avenir.

L’enfant, lui, se retrouve pris au milieu de ces tensions. Il peut se sentir coupable, responsable du conflit entre ses parents, tiraillé entre deux camps. Cette charge émotionnelle est lourde à porter et peut affecter durablement son équilibre.

Cas particuliers et situations conflictuelles

La vie n’est pas toujours simple, et certaines situations compliquent l’obligation d’informer. Voyons ensemble comment les gérer.

Quand l’autre parent est violent ou dangereux

Si l’autre parent représente un danger pour votre enfant (violences physiques ou psychologiques, addiction non traitée, comportements à risque, etc.), vous avez le devoir de protéger votre enfant, même si cela implique de ne pas informer immédiatement l’autre parent d’une décision urgente. Mais vous devez par ailleurs saisir le juge rapidement pour régulariser la situation.

Vous pouvez alors demander au juge : 

  • un droit de visite médiatisé : les rencontres avec l’enfant se déroulent en présence d’un tiers qualifié ;
  • une limitation de l’exercice de l’autorité parentale : l’autre parent conserve son statut, mais ne peut pas prendre de décisions seul ; 
  • un retrait de l’autorité parentale (très rare, réservé aux situations les plus graves).

Quand l’autre parent ne répond jamais

Certains parents ne répondent pas aux sollicitations, ne se manifestent jamais, semblent désintéressés de la vie de leur enfant. Que faire dans ce cas ?

1️⃣ Alertez par écrit : envoyez un email ou un courrier recommandé en indiquant clairement les informations et les décisions à prendre. Formulez une demande d’accord explicite avec un délai raisonnable de réponse (par exemple, 15 jours).

2️⃣ Conservez la preuve de votre démarche : gardez tous les emails, SMS, courriers prouvant que vous avez bien tenté de communiquer et d’obtenir un accord.

3️⃣ Saisissez le juge si nécessaire : le juge pourra autoriser les décisions malgré le silence de l’autre parent. Il constatera que vous avez rempli votre obligation d’informer et que c’est l’autre parent qui ne respecte pas son engagement parental.

Le silence répété peut être interprété comme un désintérêt qui pourrait, à terme, justifier une modification de l’exercice de l’autorité parentale.

Quand l’enfant refuse le contact avec l’autre parent

Si votre enfant exprime le refus d’avoir le moindre contact avec l’autre parent, vous ne pouvez pas pour autant cesser de l’informer. Votre responsabilité est de :

  • Exprimer à l’enfant l’importance du lien avec ses deux parents, sans le forcer, mais sans renforcer son refus non plus.
  • Ne pas valider ou encourager le rejet de l’autre parent, même inconsciemment.
  • Informer l’autre parent de cette situation et lui relater ce que l’enfant exprime.
  • Consulter un professionnel (psychologue, médiateur familial) pour comprendre ce refus et aider l’enfant.
  • Saisir le juge si la situation perdure : il peut ordonner un suivi psychologique, modifier les modalités de visite, ou faire entendre l’enfant pour comprendre ses raisons.

Le refus d’un enfant de voir l’un de ses parents est toujours un signal d’alerte qui nécessite une prise en charge adaptée.

En résumé : 

L’obligation d’informer l’autre parent n’est pas une option ni une faveur que vous lui faites. C’est une règle légale qui découle de l’autorité parentale conjointe. Même après votre séparation ou votre divorce, vous restez tous les deux parents avec les mêmes responsabilités envers votre enfant.

Cette obligation concerne les décisions importantes relatives aux choix qui engagent l’avenir de votre enfant, pour lesquelles vous devez obtenir son accord. En revanche, les actes usuels du quotidien ne nécessitent ni autorisation préalable ni information systématique. Vous gérez votre vie avec votre enfant pendant vos périodes de garde comme vous l’entendez, dans le respect de ses besoins.

Les conséquences en cas de non-respect de cette l’obligation d’informer l’autre parent peuvent être lourdes (sanctions civiles, voire pénales), mais surtout, elle peut conduire à la détérioration de la coparentalité et à la souffrance de l’enfant. Privilégiez toujours la communication, même si elle est difficile. Utilisez l’écrit pour garder une trace, soyez factuel et courtois, formulez clairement vos demandes. En cas de blocage, la médiation familiale peut vous aider à rétablir le dialogue avant d’envisager un recours au juge.

Vous rencontrez des difficultés pour faire respecter vos droits ou vous vous interrogez sur vos obligations envers l’autre parent ? Échangeons ensemble sur votre situation pour clarifier vos droits et trouver des solutions adaptées.

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